Prof Kouassi Boko / « Le Tabac contient plus de 5000 substances toxiques »
- Publié le 24, jui 2021
- SOCIETE
Professeur Kouassi Boko Alexandre est pneumologue, responsable de l’unité de sevrage tabagique installée au CHU de Cocody. Dans le cadre de la promotion de la lutte antitabac, Infos d’Ivoire est allé à sa rencontre pour parler de l’impact du tabac sur la santé.
Que doit-on savoir sur l’unité de sevrage tabagique ?
L’unité de sevrage tabagique est une unité de la pneumologie qui s’occupe des fumeurs. Un fumeur est quelqu’un qui est dépendant du tabac. Et lorsqu’il veut arrêter de fumer, il a besoin d’une aide au sevrage tabagique. Donc nous aidons tous les fumeurs qui veulent arrêter, qui veulent abandonner la consommation du tabac. Nous les aidons à arrêter parce que de leur propre chef, ils n’arrivent pas.
Quelles peuvent être les conséquences du tabac sur le plan santé ?
Les conséquences de l’usage de tabac sont nombreuses. Avant de parler des conséquences, il faut noter que le Tabac contient plus de 5000 à 6000 substances toxiques. Donc chaque bouffée de cigarette, ce sont des milliers de substances toxiques que vous inhalez. On peut classer ces substances en 4 groupes. Il y a des substances qui entraînent le cancer, des substances qui entraînent la dépendance, des substances qui entraînent la destruction de la muqueuse. Il y a également des substances appelées des radicaux libres qui sont des substances très dangereuses. Ces substances sont dominées par le monocyte de carbone qui est à la base des problèmes de respiration, parce que ce monocyte de carbone prend la place de l’oxygène. Donc la personne n’aura pas suffisamment d’oxygène et cela va créer des troubles de l’organisme.

Celui qui fume détruit son poumon, petit à petit il va détruire sa gorge et sa bouche. C’est ce qu’on appelle les irritants. Puisque les milliers de substances inhalées vont passer dans le sang. Et lorsque ça passe dans le sang, ça va agir sur le cœur et cela peut entraîner l’hypertension artérielle, un infarctus (les morts subites ou crises cardiaques) ; Cela peut entraîner des AVC parce que les vaisseaux seront bouchés ; Cela peut entraîner des maladies cardiaques chroniques (le cœur de la personne ne fonctionne pas bien, ne travaille pas bien). Ces substances vont aussi entraîner le cancer des autres organes, tels que le cancer du pancréas, de l’estomac, de la vessie. Chez la femme, le cancer de l’utérus sera en parti lié à la consommation du tabac et cela pourra entraîner aussi des maladies vasculaires.
Celui qui fume peut avoir un autre type de risque au niveau de la reproduction. Par exemple, une femme qui fume, si elle n’est pas traitée, elle peut ne pas avoir rapidement d’enfant ou peut être stérile. Le tabac est la cause des bébés mort-nés et des bébés qui naissent avec des malformations, des fausses couches et bien d’autres. Voilà pourquoi il est déconseillé à la femme enceinte de toucher à la cigarette. Chez l’homme, cela peut entraîner des troubles sexuelles, qui peuvent aller jusqu’à l’impuissance sexuelle. Le tabac entraine de nombreuses complications.
Nous constatons aujourd’hui une nouvelle pratique qui prend de l’ampleur, la chicha. Quelles peuvent être leurs conséquences sur la vie du consommateur ?
Ceux qui fument la chicha ou le narguilé pensent que c’est un mode de consommation qui n’a pas de complication. C’est faux ! La chicha est une pipe à eau. Mais quand la cigarette passe par l’eau, ça refroidir la fumée, donc le fumeur peut aspirer de très fortes bouffées de fumées. Ces bouffées sont identiques à la cigarette parce que c’est le même tabac et ça contient des substances toxiques. Sauf que cette fois avec la chicha on inhale beaucoup plus de fumées. Et cela veut dire qu’on inhale beaucoup de substances toxiques. Et les complications sont très rapides et elles sont plus graves. C’est-à-dire que le risque d’avoir la maladie est multiplié par 20. Une bouffée de Chicha c’est toute une cigarette que nous fumons. Quand vous faites une session de narguilé c’est 20 à 40 cigarettes fumées. Avec ignorance nous pensons que c’est un phénomène de mode, que c’est plus convivial, alors que le risque est énorme. Parce que la densité de fumée inhalée est plus élevée, vous êtes très exposés aux complications liées au tabagisme.

En tant que professionnel de la santé, quel est votre regard sur cet aspect et le message que vous voudriez véhiculer ?
Il faut prendre la chose très au sérieux. En me promenant parfois à Abidjan, je me rends compte qu’ils existent des terrasses à chicha, des maquis à chicha ; il faut interdire cela. C’est plus dangereux que la consommation du tabac. Aujourd’hui, nous avons décidé de ne plus fumer en public, c’est interdit par la loi. La loi doit interdire aussi cette consommation. La première chose à faire, c’est que nos autorités doivent prendre des mesures pour éviter la consommation de la chicha. Il faut qu’au niveau du plus haut sommet les gens sachent que c’est une forme grave de consommer le tabac. Le deuxième niveau, c’est la population. Il y a une sensibilisation à faire. Il faut qu’elle sache que fumer le tabac sous cette forme est plus dangereux. Et qu’il ne faut pas s’adonner à ces pratiques. Nous aussi, en tant que responsables de santé, responsables de programme de lutte contre le tabagisme, notre responsabilité est engagée. Nous devons sensibiliser les gens. Il faut aussi amener ceux qui sont déjà dans ce phénomène à arrêter. Dès que vous commencez à fumer, il y a des substances qui entraînent à la longue une dépendance. Donc il faut les aider. Le centre d’aide aux sujets tabagiques a ses portes ouvertes, ces personnes peuvent venir vers nous, nous allons les aider. Les trois mesures sont : sevrer ceux qui fument, sensibiliser, informer. Il faut donner des informations justes. Et en résumé, l’État doit prendre des mesures pour éviter l’accès à ces produits.
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Par Raphael Okaingni