Immigration clandestine / Plus de 7500 personnes assistées par la DGIE

La lutte contre l’immigration clandestine est un combat de longue haleine qui appelle à la patience et à la répétition, voir à la formation régulière des jeunes sur la question. Dans le but de contribuer à cette lutte, Infos d’Ivoire s’est rapproché de la Direction Générale des Ivoiriens de l’Extérieur (DGIE) pour faire le point des actions de cette institution. Dr Nanourougo Coulibaly, conseiller spécial à la DGIE a accepté de répondre à nos questions au nom du directeur général, Issiaka Konaté.

Quelle est la procédure pour que les migrants de retour au pays puissent profiter des appuis de la DGIE ?

Il faut dire que depuis 2017, la Côte d'Ivoire est logée au Fonds fiduciaire de l’Union Européenne. Dans le cadre de ce fonds de l’Union Européenne, tous les migrants qui sont revenus depuis 2017 sont automatiquement éligibles. Donc cela prend en compte une prise en charge globale, notamment une prise en charge psychologique, médicale et la réintégration socioéconomique.

Quelles sont les procédures de réintégration des migrants de retour en Côte d’Ivoire ?

Vu que le fonds fiduciaire est en train de prendre fin, (normalement le fonds devait prendre fin en décembre), mais il a été prorogé pour quelques mois. La Côte d’Ivoire était en train de mettre en place un dispositif pour voir comment prendre la relève. C’est dans ce cadre que nous avons élaborer un plan d’assistance au retour volontaire et à la réintégration des migrants, qui prend en compte tous les ministères techniques avec leurs hommes de services. Si ce plan est opérationnel, normalement tous les migrants qui vont revenir au pays en fonction de leurs différents besoins pourront être orientés ou référés à des ministères techniques pour leur prise en charge. C’est-à-dire, si vous venez avec des enfants à bas-âge qui peuvent aller à l’école, puisque le ministère de l’Éducation nationale est dans ce groupe de travail, l’offre de l’éducation est prise en compte. Si c’est dans le domaine de la santé, le ministère de la santé étant impliqué, ils sont orientés vers le district sanitaire en place. C’est un plan qui prend en compte tous les aspects de vulnérabilité pour les migrants de retour.

Quel est le budget alloué pour ces ivoiriens qui reviennent de l’aventure infructueuse ? 

Initialement c’était 2,7 millions d’euros pour la Côte d’Ivoire, puis il y a eu des rajouts. Je ne pourrai donc pas dire combien a été alloué exactement, surtout que c’était un fond commun à tous les 12 pays de l’initiative pour un montant global de 100 millions d’Euro. Les pays bénéficiaires de la fenêtre A sont : Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria et Sénégal.

En 2020, combien de migrants revenus au pays la DGIE a intégré dans le circuit social ?

Pour le seul mois de février 2021, nous avons 57 personnes qui ont bénéficié de l’assistance à la réintégration de la DGIE. Sinon de mai 2017 à février 2021, c’est 7591 personnes qui ont bénéficié de toutes les assistances de la DGIE.

Quelles sont les raisons qui vous reviennent généralement ? 

Vous savez la migration, chacun peut donner les raisons qu’il veut ou dire ce qui l’a poussé. De toute façon quand ils reviennent, nous faisons un profilage qui nous permet de savoir plus ou moins quelles ont été les causes de leur départ. Mais ce qu’ils ressortent souvent, c’est la recherche d’un mieux-être. C’est surtout la cause économique qu’ils évoquent. L’aspiration à un mieux-être, c’est humain, c’est normal. Ce que nous pouvons dénoncer, ce sont les voies irrégulières qu’ils utilisent. Quand tu es dans un emploi, tu regardes si tu peux avoir mieux ailleurs et tu postules. C’est normal, mais il faut le faire bien.

Comment se fait le suivi au quotidien de ces personnes ?

Il y a un profilage qui est fait à l’aéroport. Nous avons une base de données et nous connaissons les besoins à partir des questions que nous leur posons à l’aéroport. Quand ils rentrent chez eux, en fonction des différents besoins, ils sont recontactés. Pour ceux, par exemple, qui ont besoin d’être installés dans le cadre d’un projet, ils sont recontactés et cela commence par une formation jusqu’à l’installation. À la suite de l’installation, il y a un comité de gestion qui a été mis en place par le Gouvernement avec l’OIM.

Cette structure qui est dirigée par la Direction Générale des Ivoiriens de l’Extérieur va procéder à des missions de suivi sur le terrain, notamment une mission trimestrielle pour se rassurer de l’effectivité du processus de réintégration. En ce qui concerne le retour des ivoiriens qui est déjà volontaire. L’OFI, une structure du ministère français de l’intérieur permet à tous ceux qui sont de l’extérieur de venir avec des projets en main. Donc un comité de sélection est mis en place. Quand les ivoiriens de l’extérieur sont aptes pour le retour, ils se font connaître, ils font des documents qu’ils font remplir avec le projet. Une fois éligibles au projet, ils passent devant un comité et si le projet est valable ou viable, il l’agrée. Nous rappelons que hormis les migrants qui reviennent avec l’OIM, ce sont tous les ivoiriens qui sont à l’extérieur, qu’ils soient migrants réguliers ou irréguliers qui utilisent ce dispositif. Ils sont tous pris en compte dans le processus de réintégration.

Comment vous vous rassurez qu’ils sont bien réintégrés dans la société et que les fonds ne sont pas gaspillés ?

Déjà, il faut préciser qu’il n’y a pas de fonds qui est mis à leur disposition. C’est plutôt le projet qui est mis à disposition. C’est-à-dire, si tu veux faire un salon de coiffure, tout le matériel est acheté et tu es installé dans ton magasin. La mise en place de ce projet se fait en majorité avec des structures étatiques comme l’ANADER, l’AGEFOP, qui ont déjà de l’expérience dans les différents domaines d’activité. Donc, même quand nous nous retirons après, le projet continue sur le terrain avec les autres qui sont sur place et ils nous rendent compte par les différents rapports. À l’origine, les projets ne sont pas individuels sauf pour des personnes qui sont vulnérables, c’est à dire, les femmes enceintes et les mineurs. Les projets sont collectifs et en plus d’être collectifs, ils sont à caractère communautaire. Nous associons la communauté, ceux qui ne sont encore partis pour ce voyage périlleux, de sorte à les dissuader d’être tentés. Nous avons estimé que si ces personnes avaient des projets individuels, elles seraient très vite tentées de repartir. Donc nous les mettons en groupe. Et quand ils finissent le projet, ils créent des groupements. Généralement quand les groupements sont formés, un migrant ne peut pas individuellement décider de partir. Si tu pars, le fonds reste au profit du groupe.

Quelle est le rôle que vous jouez dans la promotion de la migration régulière ?

Il faut dire qu’au niveau de la migration, on essaie tant bien que mal de donner le maximum d’information à travers les sensibilisations, les comités régionaux de lutte contre la migration irrégulière à travers les régions. Nous sommes à notre quinzième comité déjà installé. Nous avons estimé que la DGIE ne pouvait parcourir tout le pays, donc il fallait installer des comités régionaux pour continuer le travail de la DGIE. Nous sommes autour de 10 mille kilomètres parcourus en terme de sensibilisation au niveau interne. Dans ces comités, nous avons les préfets de région, toutes les autorités administratives, la société civile, la chefferie, l’association des jeunes et les femmes. Dans notre sensibilisation, nous essayons de montrer les voies légales qu’il faut pour voyager, c’est-à-dire aller dans les ambassades. Et nous faisons la promotion de cette voie légale. D’autant plus que nous avons des partenaires avec qui nous travaillons, notamment l’ambassade de l’Allemagne, l’Italie. Nous essayons de montrer qu’on peut déjà avoir des documents en bonne et due forme en allant vers les structures diplomatiques pour voyager de façon légale, les visas se donnent aujourd’hui lorsque vous respectez véritablement toutes les procédures.

Avez-vous des mécanismes pour aider à obtenir ces documents ?

Non ! La seule chose que nous avons, c’est l’information que nous mettons à leur disposition. Il faut voir la direction comme une structure qui donne des informations. La DGIE s’occupe essentiellement des ivoiriens de l’extérieur. Pendant que vous êtes ici, on ne dira pas que vous n’êtes pas sous notre coupole, mais il y a des structures qui sont plus élaborées, plus adaptées et mieux indiquées pour cela.

À combien estime-t-on les ivoiriens qui sont à l’extérieur ?

Les ivoiriens à l’extérieur sont estimés à 1 million 250 mille pour tous les pays quand nous avons pris la DGIE en charge en 2012. Les chiffres ont été donnés par les différentes ambassades. Ils sont en train d’être actualisés par un processus de cartographie de la diaspora ivoirienne mis en ligne.

Quel sera votre mot de fin et votre appel à la jeunesse ?

Il y a deux choses. La première, c’est dire que tout le monde peut voyager et c’est d’ailleurs naturel. Mais ce que nous déplorons, ce sont les pertes en vie humaine. Donc nous exhortons les gens qui veulent voyager à le faire selon les règles des pays d’accueil. La deuxième, quand ils arrivent dans le pays d’accueil, la moindre chose est d’aller se faire immatriculer à l’ambassade. Ou s’ils ne peuvent pas aller à l’ambassade, nous avons mis un outil de cartographie de la diaspora ivoirienne en ligne. A partir de leur smartphone ils peuvent se faire enregistrer. La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. On est mieux que chez soi.

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Par Raphael Okaingni

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