Critique / Niabla de Alex Ogou, meilleure série TV au FESPACO : le mérite d'une série explosive

« Niabla » sacrée meilleure série TV au FESPACO à Ouagadougou. La Côte d’Ivoire s’est imposée en remportant deux distinctions majeures. Un succès qui témoigne du dynamisme et du talent des créateurs ivoiriens dans le domaine de l’audiovisuel. Réalisée par Alex Ogou, la série a été couronnée ‘’Meilleure série TV’’ de cette édition 2025. Avec son scénario puissant et sa mise en scène soignée, ce film a conquis le jury, confirmant ainsi l’expertise et la créativité de son réalisateur, déjà salué pour ses précédentes productions. Ci-dessous le regard critique de Niabla, réalisé par le journaliste culturel et critique d'art Christian Guehi.

De l’action, de la réaction, des scènes amoureuses chaudes et brutales, de la prostitution, de l’alcool, de la drogue, du banditisme, des meurtres, du mysticisme, de la lutte contre la drépanocytose, du bon sens, de la volonté et surtout du courage féminin, vous en trouverez dans Niabla, tout le long de cette première saison avec ses 8 épisodes de 52 minutes à coup sûr. Niabla, un défi brillamment relevé et un cocktail savoureux marqué des empreintes de l’excellent réalisateur Alex Ogou.

Sur la terre des éburnéens, à Abidjan précisément dans la majestueuse commune de Yopougon, le cinéma ivoirien s‘explose encore une fois dans toute sa splendeur avec des tentatives audacieuses à travers la nouvelle série Niabla. Si vous avez déjà vu la série ‘’Invisibles’’, Prix de la meilleure série francophone au Festival de fiction de la Rochelle en 2018 et Nisa d’Or en 2019, alors vous n’avez aucune inquiétude à vous faire parce que Niabla est encore une marque cinématographique du même Alex Ogou.

Alex Ogou, l’homme des grandes séries Tv en Côte d’Ivoire

De nationalité ivoirienne, Alex Ogou est un scénariste, acteur et réalisateur qui a marqué de ses empreintes plusieurs autres projets cinématographiques dont les séries ‘’O Batanga’’ en 2020, ‘’Black Diamand’’ en 2009 en tant que réalisateur ou 1er assistant réalisateur. Les séries TV les plus tenantes d’Alex sont ‘’Invisibles’’ en 2016 et ‘’Cacao’’ en 2019. Parlant de ‘’Invisibles’’, qui ne se souvient pas de l’entrée fracassante de cette série Tv ? Un sujet difficile sur les enfants en conflit avec la société ivoirienne appelés traditionnellement ‘’les microbes’’. Il a brillement traité en mettent en scène les causes et l’univers de ses gamins dont le quotidien rime avec de violentes agressions sur la population.

En 10 épisodes de 52minutes, ‘’Invisibles’’ remportera un super Grand Prix la même année. Et ce n’est pas tout. Parler des œuvres cinématographiques d’Alex et omettre la série ‘’Cacao’’ ; c’est lui enlever un orteil. ‘’Cacao’’ est une série télévisée en douze épisodes de cinquante minutes, produite par TANKA Studio et co-produite par Canal+ International, qui met en scène deux grandes familles rivales du cacao, les Desva et les Ahitey, qui se battent pour le contrôle du négoce cacaoyer de la région de Caodji. Une série télévisée avec la grande actrice, Naky Sy Savané et l’excellent Fargass Assandé, que le public de la télévision continue de réclamer.

Le Synopsis de Niabla

Quant à la série qui fait l’objet de notre attention aujourd’hui, c’est-à-dire Niabla, essayons de résumer cette série realisée par Alex et écrite par Aude Forget, Anthony Martin et Gauz, l’auteur du livre à succès ‘’Debout Payé’’. Une série Tv qui retient déjà notre souffle après la projection de l’Avant-Première le mercredi 11 octobre 2024 au cinéma Majestic, au Sofitel Hôtel Ivoire à Abidjan devant des centaines de cinéphiles. Les conflits et la potentielle guerre d’intérêt dans Niabla se situe en deux blocs. Celui des protecteurs de la société et des liens familiaux avec Sia (Aude Forget), Yao (Gauz) Félix (Ephraim Oka) et celui des méchants, des voyous avec Papa John (Pol White), Jacob (Stéphane Sebime) et leurs cliques autour d’une victime par la force des circonstances, Adjoua (Christelle Gougoué). Alors Niabla, ce thriller social (genre cinématographique) raconte l’histoire de Sia: une jeune franco-ivoirienne, qui après des années en France, décide de retourner à Abidjan, sa ville natale, pour rencontrer sa demi-sœur, Adjoua. Après le temps des retrouvailles joyeuses, Adjoua vivant dans un univers douteux de par ses fréquentations disparait soudainement, laissant à Sia la garde de sa petite fille Amelan, atteinte de la drépanocytose. Avec l’aide de Yao, un policier alcoolique qui a perdu sa fille, et Félix, un jeune médecin, Sia part à la recherche de sa demi-sœur. Une aventure à vous couper le souffle. Sia plonge alors au cœur d’un réseau de prostitution à Abidjan. Madame Corinne (Bienvenue Koffi), ancienne “géreuse de bizi” devenue propriétaire de maquis est aussi très déterminée à protéger ses filles de nuit et les aider à sortir de la prostitution. Sia sera bientôt confrontée au redoutable nigérian Papa John, chef du plus gros trafic de drogue du pays et ex-enfant soldat lors de la terrible guerre du Biafra.

Trouvons des arguments à Niabla pour mieux comprendre l’idéologie défendue

Niabla a d’ores et déjà été sélectionnée dans des festivals de renom. Elle est aussi la première production africaine à bénéficier d’une diffusion sur la chaine POLAR+, et donc, sur la plateforme myCANAL en France. C’est bien justifié. Dès l’entame du premier épisode de cette série, le réalisateur vous plonge dans un jeu de couloir avec des scènes de brutalités sur la femme. Les découvertes dans ce couloir expriment nettement l’univers de cet endroit. Le trafic de fille, la prostitution en outrance. Très vite, on s’aperçoit d’un cliché. Celui d’un trafic où celles qui ne veulent pas subir sont obligées de se battre, de se révolter avec une devise : Vivre ou périr pour sa liberté. A travers la personne d’Adjoua, Alex met en scène les contraintes qui s’opposent parfois aux mères célibataires qui sont parfois prête à tout pour leur enfant. C’est ici le cas d’Adjoua qui outre passe ces limites et ses zones de fréquentations pour trouver les moyens en vue de sauver sa petite fille atteinte de drépanocytose, une maladie entrainant des soins très couteux. Les endroits vicieux sont toujours gérés par des vicieux et des caïds. Alex créé le nœud de sa série à travers une contrainte dangereuse entre Adjoua et Papa John (Pol White), un homme violent, imprévisible et paranoïaque qui parvient à se hisser à la tête du cartel nigérian de trafic de drogue à Abidjan. A travers cette opposition, le réalisateur essaie de mettre en relief des étapes difficiles auxquelles pourrait être confronté n’importe quelle jeune dame pour aboutir à son dénouement final. Il n’exclut pas les forces de l'ordre dans le démantèlement de ce réseau. Cela est traduit par le policier Yao qui s'engage aux côtés de Sia. En introduisant un flic, le réalisateur Alex montre l’importante de la police dans la lutte contre le trafic. Il fait également une part belle au mysticisme pour simplement évoquer le coté mystique de l’Afrique qui, en réalité ne doit être ignoré.

Le style cinématographique d’Alex

Le réalisateur se sent beaucoup à l’aise avec les scenarii très engagés. De Invisibles à Niabla en passant par Cacao, ce sont des sujets d’actualité, donc authentiques qu’il essaie d’insérer dans le vécu des ivoiriens, avec des effets parfois sensuels qui tournent autour du pouvoir de l’agent, la famille, la trahison et du sexe. L’essence même des conflits d’intérêt où les rapports de force et de faiblesses sont monnaie courante. En un mot, Alex a un style cinématographique qui tourne autour d’une histoire avec un narratif de qualité. A cela, s’ajouté le personnage. C’est visible car on a cette impression qu’il accorde beaucoup d’intérêt à la crédibilité des personnes vis-à-vis de ce qu’ils peuvent être, par exemple les craintes du personnage, ses qualités, ses émotions et ses intentions dans cet univers fictif. Un autre élément qui en ressort, ce sont les plans, les cadrages qui sont très réussis et qui font vivre les personnes et nous dit qui nous sommes au cinéma.

Nous avons déjà indiqué les tableaux du jeu de couloir pour séquestrer le lien familial entre Sia et Adjou, le meurtre de l’actrice Eve Guehi, la colère de papa John, la réaction de Yao, le flic et la maladie de la fille de Adjoua. Ces tableaux significatifs donnent des gouts d’une série émouvante à savourer en dégustant des popcorns devant un vaste écran.

Rapport d’Alex, des scénaristes et de l’œuvre

Ogou est dans une lutte. Celle qui vise à mettre à nu des tares de notre société qui impactent négativement notre jeunesse. Sa lutte pour assurer un certain épanouissement de la société par la dénonciation de problèmes sociétaux dont on ne parle pas assez par crainte des représailles. Cette même orientation peut être en rapport avec les scénaristes que sont Aude Forget, Gauz et Anthony Martin. Ecrire un tel scenario est forcément militer pour la dénonciation de ce genre de tares au sein de la société, surtout africaine où les droits humains sont bafoués à cause de l’injustice, la raison des plus forts et de la corruption.

Conclusion

En conclusion, Niabla, tout comme ‘’Cacao’’ ou ‘’Invisibles’’ est un projet ambitieux qui séduit. De tout ce que nous venons de mettre en surface, Niabla est une série que les ivoiriens et le grand public de Canal+ doit absolument voir car les prémices d’une excellente série y sont. Les cinéphiles sont donc invités à adhérer à ce projet cinématographique qu’ils ne regretteront point. Déjà en bon visionnaire de qualité cinématographique, le Festival de fiction de la Rochelle a déjà nominé Niabla. C’est dire que les structures de production Plan A, Upside TV, Cousines & Dépendances Producteurs, Canal+ International, Polar+ , et les acteurs que sont Aude Forget, Christelle Gougoué, Gauz, Stéphane Sebime, Ephraim Oka, Pol White, Meryl Prunelle, Emmanuelle Koné, Jean Thibault, Bienvenue Koffi, Mahoula Kané, Franck Pycardhy, Kimy Stars, Eve Guehi ont été à la hauteur.

Christian Guehi

guehichristianh@gamail.com

0757189978

(Ndrl: Le titre et le chapô sont de la rédaction)

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