Cinéma / Abidjan entre héritage perdu et nouvelle dynamique numérique
- Publié le 06, déc 2025
- ARTS - CULTURE & DIVERTISSEMENT
La Côte d’Ivoire redécouvre aujourd’hui une tradition cinématographique dont l’histoire remonte aux années 1960. En 1961, la création de la Société Ivoirienne de Cinéma marque le début d’un élan porté par des pionniers comme Timité Bassori, auteur du premier long métrage national en 1964 (Sur la dune de la solitude).
À cette époque, Abidjan vivait au rythme des salles obscures: près de 40 dans la capitale et une centaine à l’échelle du pays. Leur disparition progressive a laissé un vide culturel profond, aggravé par le manque de financement et la concurrence des nouveaux écrans.
L’arrivée du numérique change la donne à partir de 2004. Les coûts baissent, les outils se démocratisent et une génération de créateurs se forme. Cette période voit aussi l’essor de l’animation ivoirienne, symbolisé par le film 3D Pokou, princesse ashanti (2013). Aujourd’hui, le pays attire de nouveau les tournages: plus d’une trentaine de productions l’an dernier et une quarantaine de projets validés pour l’année en cours, selon le ministère de la Culture.
Cette dynamique s’inscrit dans une ambition plus large: faire d’Abidjan un hub du cinéma africain. Productions panafricaines, collaborations internationales, montée en compétence des techniciens: la capitale devient un centre d’intérêt pour les réalisateurs en quête de décors variés et d’équipes talentueuses. Des chercheurs rappellent même que le cinéma peut devenir un moteur de développement social et économique, s’il bénéficie d’un soutien structuré.
Cependant, les défis restent importants. Peu de salles modernes, financement fragile, critique spécialisée quasi inexistante : le secteur avance encore grâce à la créativité plus qu’à une industrie structurée. Mais le mouvement est là, tangible, visible, porté par l’énergie d’une jeunesse qui explore l’image, raconte ses réalités et revendique un espace sur la scène africaine.
La renaissance du cinéma ivoirien repose sur cette volonté collective de redonner une voix aux histoires locales. Un pari audacieux, mais désormais crédible, pour un pays déterminé à redevenir un acteur majeur du paysage audiovisuel ouest-africain.
F. Kouadio