Remaniement ministériel : phobie des opérateurs économiques de Côte d’Ivoire / Ange Djeni en parle

POLITIQUE Raphael 31/03/2022

Un remaniement au niveau du Gouvernement doit-il freiner le fonctionnement des services administratifs ? 

Le remaniement ministériel comme il est de coutume pour un Président en exercice est une action sans surprise et régulière. Ce réaménagement technique gouvernemental se produit à l’effet de donner un coup de fouet aux programmes et projets du Gouvernement dans le but de réaliser la vision du Président de la République.


Cette pratique gouvernementale est courante depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. Tous les régimes qui se sont succédé depuis feu le Président Félix Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara, en passant par Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, ces derniers ont opéré des ajustements quelques fois inopinés au sein de leur Gouvernement, selon le contexte du moment.

Bien que cette pratique soit normale, elle suscite très souvent des mécontentements auprès des victimes et surtout au sein de la population, notamment les opérateurs économiques qui sont les principaux fournisseurs et prestataires de services de l’Etat.

En Côte d’Ivoire, l’annonce d’un remaniement au sein du Gouvernement crée souvent une panique générale pour les opérateurs économiques. Pourquoi ont-ils peur du remaniement ? S’il est indiqué comme principe que l’administration est une continuité dans la gestion des affaires publiques, il est regrettable de constater que les ajustements au niveau du Gouvernement comme dans l’administration favorisent d’énorme abus ou encore des violations des droits de certains opérateurs économiques.

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En effet, les réaménagements du Gouvernement comme dans l’administration publique ont souvent produit des répercussions bouleversantes dans tout le système de l’administration.

Ces bouleversements ont des conséquences effroyables au niveau des activités et des règlements de factures des opérateurs économiques qui sont malheureusement les fournisseurs et prestataires de services de l’Etat. Ces opérateurs sont quelque fois contraints de fermer leurs entreprises pour factures impayées par l’Etat, parce qu’ils n’arrivent plus à faire face à leurs charges et obligations.

En période normale, le paiement d’une facture par les services financiers de l’Etat (Trésor public) relève d’un parcours de combattants, dans lequel le stress finit par étrangler les opérateurs économiques.

L’une des plus grandes difficultés lorsque l’information d’un remaniement ministériel est annoncée est que certains ministres et leurs directeurs administratifs et financiers (DAF) mettent en place une stratégie pour utiliser le crédit budgétaire alloué à certains chapitres, créant ainsi un différend entre le nouveau ministre et les fournisseurs.

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L’on assiste également à la ruse de certains ministres avec les fournisseurs et prestataires de l’Etat en demandant un audit, des factures avant de signer les chèques. D’autres par contre refusent catégoriquement de régler la dette laissée par leurs prédécesseurs, en invitant ces derniers à y faire face.

Tous ces actes et comportements laissent croire qu’il existe au sein de l’administration une mafia bien organisée qui fait chanter les fournisseurs et prestataires de l’Etat, afin de les obliger à renoncer à leur argent pour ensuite l’empocher.

Pour un pays comme la Côte d’Ivoire, qui a une administration bien structurée et organisée selon des textes, il est inimaginable que des hauts fonctionnaires puissent se comporter ainsi sans coup férir.

Il est important pour le Président de la République qu’avant chaque passation de charges au sein des cabinets ministériels, les ministres sortant puissent publier leurs créances afin d’éviter cette mauvaise attitude à l’égard des fournisseurs et prestataires de l’Etat.

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Il faut exiger la bonne gouvernance comme mode de fonctionnement de l’Etat en prenant en compte le règlement absolu des factures des opérateurs économiques (fournisseurs et prestataires de services) qui comptent parmi les poumons de l’économie nationale.

Vu l’importance de ces acteurs très importants dans la vie socioéconomique de notre pays, l’Etat doit être le refuge, voire le protecteur pour le secteur privé et non le bourreau ou encore celui qui l’asphyxie par des méthodes peu recommandables.

Il faut souligner que ces opérateurs économiques sont avant tout des employeurs donc des créateurs et pourvoyeurs d’emplois. Ils sont des animateurs incontournables et moteurs de l’économie nationale, donc ils méritent une attention particulière de la part de l’Etat.

Ange Djeni,

Journaliste Diplômé de l’ISTC Polytechnique,

Analyste Politique

(Ndlr : Le titre est de la rédaction)

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