Politique nationale / Quel type de réconciliation nationale faut-il pour la Côte d’Ivoire ?

POLITIQUE Raphael 04/03/2022

Depuis plus de deux décennies, la Côte d’Ivoire a traversé une succession de crises socio-politiques qui ont occasionnées par moment la partition du pays en deux zones. Au final, elle s’est retrouvée avec la guerre civile et militaire, qui a eu pour conséquences plus de trois mille morts (Ndlr : selon les chiffres officiels). Toutes ces crises ont considérablement fracturé le tissu social, notamment la cohésion sociale et la paix.


Au lendemain de la crise postélectorale de 2010-2011, la principale action des nouvelles autorités était de construire la Paix à travers la réconciliation nationale, la cohésion sociale et surtout le vivre ensemble sans discrimination politique, ethnique et sociale au sein de la population ivoirienne.

Pour la réalisation de ce projet, le Président de la République Alassane Ouattara, a mis en place la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), dont la feuille de route principale était de faciliter le dialogue, rechercher la vérité, afin de contribuer à la justice en vue d’une réconciliation nationale palpable de toutes les couches de la société.

A la fin de son mandat, la CDVR fera place à la CONARIV (Ndlr : Commission Nationale pour la Réconciliation et l'Indemnisation des Victimes), avec toujours la même feuille de route. Après quelques années d’activité le Programme National de Cohésion Sociale (PNCS) prenait le flambeau du processus de réconciliation nationale et surtout de la promotion de la cohésion sociale. Cette structure a donné une lueur d’espoir auprès des populations notamment les victimes.

Pour ce programme, des moyens financiers importants ont été dégagés par l’Etat pour faire face à la prise en charge des victimes de 2011. Cette prise en charge au niveau de l’indemnisation des victimes se fera à travers la distribution de chèques, la prise en charge des frais de santé… Si cette action du Gouvernement a fondé beaucoup d’espoir auprès des victimes, il faut noter qu’elle ne reposait sur aucune base raisonnable, si bien qu’elle a été noyée dans la controverse. Pour certains, il fallait clarifier la notion de victime et déterminer le type de victimes devant en bénéficier. Il s’est aussi posé le problème des victimes des crises sociopolitiques antérieures (2000, 2002, 2004, etc.).

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Ainsi la clarification du statut et de la période de victime semblait mériter une attention particulière qui pourrait contribuer à l’apaisement tant au niveau des victimes que des populations.

Il va de soi qu’un tel programme mené en toute ambiguïté fera polémique au sein des victimes et des populations. Si bien que le projet de réconciliation nationale va prendre du plomb dans l’aile suite aux nombreuses frustrations.

Plus de 10 ans après la crise de 2011, la réconciliation nationale reste un chantier fastidieux. Mais incontournable pour la reconstruction sociopolitique et économique de notre pays. Il est alors impérieux pour le Président de la République de vider le contentieux de la crise électorale de 2010 et également de celle de 2020.

Nous estimons qu’avec le dialogue politique en cours, l’opportunité est à nouveau donnée pour passer en revue et sans faux fuyant tous les problèmes du pays, mêmes ceux qui fâchent. Cette initiative louable du Gouvernement doit aider à l’apaisement du climat sociopolitique et surtout au retour à la paix.

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Nous osons croire qu’à terme, ce processus permettra de rapprocher les ivoiriens dans toute leur diversité. Le Président de la république devra prendre des décisions courageuses pour rétablir la confiance et l’apaisement. Il serait alors de bon aloi qu’il signe une Loi d’Amnistie générale pour libérer les détenus politiques, militaires et civils des crises de 2010 et 2020.

Cette action forte de grande envergure contribuera sans nul doute à la stabilité dont le pays a toujours rêvé.

Au regard de ce constat, l’Etat pourrait initier une réflexion sur l’état des lieux de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, afin de dresser de nouvelles orientations et perspectives de ce chantier dont l’impact apportera à coup sûr beaucoup au développement du pays.

La paix est le préalable à tout développement humain, c’est pourquoi les valeurs de la cohésion sociale et du vivre ensemble sont indispensables à nos Etats africains, qui connaissent une instabilité politique sans précédent depuis des lustres.

Ange Djeni,

Journaliste Diplômé de l’ISTC Polytechnique,

Analyste Politique

(Ndlr : Le Titre est de la rédaction)

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