Politique d’insertion des diplômés en Côte d’Ivoire / Et si on essayait le modèle japonais ?

SOCIETE Raphael 14/09/2022

Docteur Oussou Kouamé Remi est enseignant-chercheur au département de Sociologie et d'Anthropologie à l'Université Alassane Ouattara de Bouaké, depuis octobre 2012. Son vif intérêt pour le coaching et le mentorat des étudiants lui a valu la bourse Hubert H. Humphrey (HHH), l'un des programmes d'échange les plus prestigieux gérés par le gouvernement américain (2018-2019) pour perfectionner ses compétences en éducation professionnelle et en préparation de la main-d'œuvre, respectivement à l'Université d’Etat de Pennsylvanie et à Bluefield State (WV). Dans cette rubrique ‘’Insertion professionnelle de l’Etudiant’’ qui lui est attribuée, il donnera les clés d’une insertion réussie. Il partage son expérience du modèle japonais.


De 2007 à 2009, Dieu m’a fait la grâce immense de bénéficier de la prestigieuse et généreuse bourse de la Fondation du Rotary pour préparer des études de Master dans les sciences de la paix et résolution des conflits ainsi que le Développement international, à l’Université internationale chrétienne (International Christian University - ICU), à Tokyo, Japon.

Ce qui m’a, tout de suite, frappé, c’est l’unicité de la culture japonaise qui sait combiner, dans la plus grande harmonie, mode de vie ancestral, traditionnel et modernité.

Toutefois, outre la culture du travail et de la discipline qui sont comme une religion pour ce peuple, ce que je n’oublierai jamais et dont je voudrais que les dirigeants africains, en général, et ivoiriens, en particulier, s’inspirent, c’est son système éducatif supérieur.

De quoi s’agit-il ?

A l’exemple d’autres systèmes scolaires du monde, les élèves japonais suivent successivement trois cycles : l’école primaire qui s’étend sur six ans (élèves de 6 à 11 ans), le collège qui dure trois ans (12-15 ans) et l’école secondaire qui dure également trois ans (16-18 ans), après quoi ils entrent à l’université.

Mais, le plus intéressant, c’est que les Japonais soutiennent que l’université forme et que l’entreprise re-forme. Qu’est-ce que cela veut dire en termes concrets ?

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L’université, en tant qu’institution d’enseignement supérieur, équipe les étudiants d’une série d’aptitudes, notamment celles liées à la logique, à l’analyse et au raisonnement conceptuel, nécessaires pour comprendre et s’adapter aux circonstances de la vie, y compris l’environnement professionnel.

Les implications pratiques d’une telle philosophie, c’est que, d’une part, il n’y a pas de cloisons entre les filières ou domaines de connaissances, et que, d’autre part, les étudiants qui font le cycle court de licence, obtiennent un contrat de travail à partir de la seconde année à l’université.

Par exemple, lorsque j’y étais, j’ai rencontré, un étudiant d’ICU, un jour à la banque, en tant qu’employé. Quelle ne fut ma surprise, lorsque je lui ai demandé ce qu’il y faisait quand il m’informa qu’il y travaillait, alors même que je savais qu’il étudiait la linguistique à ICU!

C’est à ce moment qu’il m’apprit la manière de fonctionner du monde professionnel qui croit que l’université ne fait que former, mais que c’est à l’entreprise de re-former le primo-demandeur d’emploi, notamment aux procédures, afin de favoriser son insertion; ce qui, bien entendu, m’impressionna profondément.

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En outre, soutenu par l’attitude des employeurs qui croient le système est organisé de telle sorte que les interactions entre universités et les milieux de travail, y compris salons de l’emploi, sont multipliées afin de favoriser les opportunités d’insertion professionnelle au point presque tous les étudiants ont un contrat de travail en seconde année, un an avant d’achever leur licence. Et généralement dans ce cas, ils finissent leur diplôme en mars de l’année suivante, observent un mois de repos et commencent à honorer le contrat en mai.

Je ne suis pas en train de prétendre que le Japon a atteint le plein emploi. Loin de là ! Mais, par la combinaison de ces deux approches, la plupart des étudiants japonais arrivent, non seulement, à décrocher un contrat de travail en deuxième année, mais ils ont l’unique opportunité de faire valoir leurs compétences même dans un rôle qui est aux antipodes de leur domaine de formation initiale.

En outre, et toutes choses étant par ailleurs égales, un très petit nombre d’entre eux s’inscrivent au cycle de doctorat. Il faut, évidemment, souligner que cette amovibilité professionnelle ne sera possible que pour les domaines qui ne requièrent pas une expertise technique pointue.

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Pour le reste, il est, certes, vrai que le Japon n’est pas assimilable à la Côte d’Ivoire, car pour qu’un tel système d’insertion des étudiants diplômés connaisse du succès, il faut qu’une série de facteurs soient réunis : éducation de qualité, équipements et infrastructures adéquats, motivation des enseignants et des apprenants, financement approprié.

Néanmoins, s’il est expérimenté, même sur un tout petit échantillon d’étudiants, il pourrait faire d’énormes vagues et contribuer, sinon, à résorber le chômage et l’emploi précaires des étudiants fraîchement diplômés recherchant leur premier emploi, du moins à réduire considérablement ce phénomène qui risque, à terme, de se transformer en une crise sociale majeure.

Dr Oussou Kouamé

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