Interview Mahoua Bakayoko, écrivaine / « Construire plus de bibliothèques pour réduire l’ignorance »

Ancrée dans la lecture depuis son enfance, Mahoua Bakayoko est une écrivaine ivoirienne née à Abidjan. Elle a fait des études en lettres modernes à l’université d’Abidjan, devenu université Félix Houphouët-Boigny. Elle enseigne pendant une décennie avant de rejoindre son époux dans ses fonctions à l’ambassade de Côte d’Ivoire en Arabie Saoudite. Affecté successivement en Egypte puis aux Etats-Unis. Mahoua Bakayoko après plusieurs années loin de sa terre natale, est de retour en Côte d’Ivoire. A l’étranger, elle embrasse une carrière de romancière. Devenue par la force des choses éditrice elle fait la réédition de ses œuvres aux Editions Barrow, créée sous sa houlette. Imprégnée de sa culture, elle est chantre de son Afriki natal. Infos d’Ivoire est allé à sa rencontre pour vous. Dans cette interview, elle aborde plusieurs questions : son amour pour l’écriture, son choix pour le roman, son message aux élèves et étudiants et sa prochaine sortie…

Qu’est-ce qui vous a emmené à l’écriture ?

Tout le monde rêve d’écrire à un moment donné de sa vie, on se dit qu’on a notre vie à écrire, quelque chose à écrire. Mon envie d’écrire est partie d’un fait qui m’a choqué en Arabie Saoudite et ça été le déclencheur de cette envie. Aussi, je suis moi-même de formation littéraire et j’ai enseigné les lettres modernes pendant un moment. Donc c’est un cas de maltraitance d’immigrés clandestins qui m’a choqué, chose qui m’a emmené à écrire.

Vos écrits s’inscrivent dans le genre littéraire roman. Pourquoi avoir choisi d’être romancière ?

Je suis foncièrement roman, car j’adore la trame du roman. Parce qu’à la base, je suis née dans une famille très lecture où étant jeune, je me frottais beaucoup aux œuvres romanesques. Donc on pourrait dire que c’est élément déclencheur qui a favorisé cela.

Quels sont les auteurs qui vous ont inspirés ?

Ils sont nombreux. Je pourrai citer Marcel Proust, Molière et bien d’autres que je ne pourrai citer.

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Depuis combien de temps maintenant écrivez-vous ?

En cette année 2022, je totalise 10 ans d’écriture.

Parlez-nous de vos œuvres, parue jusqu’à ce jour ?

‘’La rébellion de Zantigui’’ qui est roman que j’ai voulu complètement imaginaire, que j’ai planté dans un contexte sociologique réelle à travers la rébellion vécue par nous ivoiriens en Côte d’Ivoire. ‘’Sous le joug d’un Dangadéh’’, qui parle de faillite éducationnelle. ‘’On me l’a ôté’’, qui parle de moi et de ma mère qui est une œuvre autobiographique avec pour trame l’excision. ‘’Chroniques étranges d’Afriki’’ (Tome 1,2), qui marque mon retour après cette décennie hors de la Côte d’Ivoire ; c’est un regard balayé sur la société ivoirienne en particulier, mais en général la société africaine. ‘’Tounghan ou les écueils de l’immigration’’ (Tome 1,2,3) qui parle de l’immigration. Le dernier livre est un livre de jeunesse ‘’Le fruit de l’honnêteté’’ qui s’adresse aux tout-petits qui ont entre 12 et 14 ans, dans lequel je prône des valeurs qui doivent accompagner l’éducation que nous portons à nos enfants.

Pensez-vous que la lecture à une place de choix dans cette nouvelle société dominée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) et particulièrement les réseaux sociaux ?

La lecture aura toujours sa place qu’on le veuille ou pas. Car, les meilleurs sont ceux qui lisent. Et, c’est à nous d’accorder la place qu’il faut à la lecture pour qu’elle demeure.

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Quelle action, comptez-vous mettre en place pour faire vivre la lecture ?

Déjà, je tourne beaucoup dans les écoles pour montrer aux élèves l’importance de la lecture, rien qu’en leur montrant ce qu’il gagne à travers la lecture. Certes, ils trouvent que cet exercice est laborieux mais nous ne cesserons de les emmener à lire.

Quelles sont vos œuvres à succès ?

Le bestseller, c’est ‘’Sous le joug d’un Dangadéh’’ car j’estime qu’il est beaucoup plébiscité, aussi vient les ‘’Tounghan ou les écueils de l’immigration’’.

A quand la prochaine sortie ? Et à quoi le public doit-il s’attendre ?

Pour la prochaine sortie, les livres sont déjà prêts, nous allons les mettre en rayon mais il y a une grande sortie qui est prévu le 06 mai à travers une grande dédicace. Dans ce nouvel ouvrage, je vais interroger le passé. Je vais dans le mandé donc une sorte d’épopée qui se nomme ‘’Mansa Djouroutabali’’ (Le roi qui ne voulait devoir à personne). Je dirai que c’est la force d’une conviction, c’est le poids d’une croyance qui est mis en avant dans ce livre. Ça va sortir incessamment.

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Pourquoi vous vous intéressez à tout ce qui touche aux valeurs africaines ?

C’est parce que j’ai baigné dedans et je me dis dans la vie, il faut transmettre ce qu’on reçoit. Alors sans valeur, nous ne sommes rien aux yeux des autres qui arborent fièrement leurs cultures. Et, au vu des richesses que nous possédons, il faut obligatoirement faire le passage de génération. Voilà pourquoi je réfléchis dans ma langue avant d’écrire, alors me l’enlever je n’écrirai pas comme je le sens et cela risque de dénaturer mes écrits.

Que faut-il faire selon vous pour prôner ces valeurs culturelles ?

Il faut d’abord être un exemple. Quand on montre par l’exemple, on a plus besoin de dicter la leçon. Ce qui veut dire que c’est dès le bas âge qu’il faut éduquer les enfants pour qu’il s’accaparent ces valeurs auxquelles nous croyons.

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Quels conseils pouvez-vous donner aux élèves et étudiants, afin qu’ils s’intéressent à la pratique de la lecture ?

Les meilleurs, c’est ceux qui lisent, parce que s’il comprenne cela ils doivent se mettre au travail. Si ces derniers regardent bien dans les classes, ceux qui vont plus vite et qui vont mieux, c’est ceux qui en plus des cours de l’école ont une part de lecture à côté.

Avez-vous un mot à l’endroit des autorités ?

Je leur demanderai d’être encore plus offensives par rapport à la lecture, en construisant assez de bibliothèques, ce qui pourrait réduire l’ignorance.

Par Toussaint Konan

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