Conductrice de poids lourds / Anne Xavière, cette ivoirienne qui défie les routes internationales

Ivoirienne, originaire de l'ouest de la Côte d'Ivoire, précisément de Danané, Anne Xavière Blinssi est conductrice de véhicules poids lourds et légers. Avec 8 ans d’expérience, elle est âgée de 41 ans et a à charge 2 enfants. Pour comprendre son quotidien dans ce métier, Infos d’Ivoire est allé à sa rencontre pour vous. Entretien !

Vous êtes conductrice de véhicules poids lourds, comment êtes-vous arrivé à ce métier ?

Il faut dire que j'étais électronicienne avant d’entrer dans ce métier de conduite de poids lourds, qui était en réalité ma passion. Je suis arrivée à ce métier à l'aide d'un papa très généreux, que j’appelle papa Trazo, qui a cru en moi. Dans mes débuts, il m’a prise dans sa société au Port Autonome d'Abidjan (PAA) et il m'a formée. Aujourd’hui, je peux dire que je ne l’ai pas déçu. Quand tu aimes ton métier, tu le fais avec la passion et le cœur. Et là, c'est moi qui répare ses appareils. Chez lui, je ne savais pas conduire du tout, mais il l'a eu confiance en moi et je ne l'ai pas déçu.

Dans l’imaginaire populaire le métier de conducteur de poids lourds est réservé aux hommes. Comment avez-vous fait pour vous imposer dans ce secteur ?

Je dirai que c’est avec l'aide de Dieu. Par sa grâce mon patron et mes collègues n'ont beaucoup soutenu. Mais, il faut dire que j'ai été dure sur moi-même pour obtenir des résultats.

Depuis combien d’années êtes-vous dans ce métier ? Et quel regard les gens portent sur vous lorsqu’ils vous voient au volant des gros camions ?

Je peux dire que ça me fait exactement huit années d’expérience dans ce métier de conduite d’engins. Pour ce qui est du regard, je pense que les gens m’apprécient quand ils me voient. Ils m’encouragent et me donnent beaucoup de conseil. Je peux dire que ça se passe relativement bien.

 Quelles sont les missions que vous avez déjà menées et vers quelles destinations ?

J’ai effectué plusieurs missions. J’ai attaqué de nombreuses routes internationales. J'ai fait le Ghana, le Togo et le Bénin. Mais en plus des routes internationales et de ces pays, je tourne partout en Côte d'Ivoire. J’ai plusieurs missions à mon actif.

Quelles sont vos difficultés, déjà en tant que conducteur de gros camions ? Et vos difficultés particulières en tant que femme dans ce milieu ?

Je dois dire que ce n’est pas facile. Il y a souvent des problèmes de pannes de véhicules qui surviennent. Mais quand tu aimes ce que tu fais, tu affronte la réalité. J'ai déjà changé les pneus, vous imaginez la taille et la masse des pneus des véhicules poids lourds. Je règle aussi d'autres problèmes sur le camion, vu que je suis à la base électronicienne.

Mais en dehors des problèmes de pannes, quelles sont vos difficultés en tant que femme dans ce métier ?

Changer les pneus c'est pas du tout facile. Il y a des réglages de freins et de tuyaux à faire. Mais, à cela il y a d’autres réalités qui s’ ajoutent. Les hommes veulent tous que tu sois leur copine. Il y a des personnes qui te draguent à tout moment. Mais quand tu sais ce que tu veux, ça ne te dis rien. Il faut avoir la tête sur les épaules pour avancer.

Êtes-vous mariés ? Si oui, depuis combien d’années ?

Je ne suis pas encore mariée, mais j'ai quelqu'un avec qui je vis depuis maintenant deux ans. Nous avons deux enfants à notre charge, une fille et un garçon.

Est-ce que votre travail a une influence sur la vie de votre foyer, votre époux et vos enfants ?

Je dirai que Oui. Mon mari est beaucoup jaloux et en même temps, il aime mon métier. Quand je laisse ma famille pour une longue durée, ça me fait beaucoup de peine et à lui aussi. Mais c'est le métier que j'ai choisi, donc on fait avec. On essaie de trouver des solutions.

Vos missions peuvent durer en moyenne combien de temps ?

Les missions diffèrent d’une à une autre. Elles peuvent durer des mois, des semaines, des jours. Mais il y a aussi des missions, où je fais un aller-retour. Tout dépend du contenu de la mission et l’état du véhicule peut aussi influencer la durée de la mission. Une panne peut t’obliger à perdre une journée ou une demi-journée.

Vous êtes à la tête d’un groupe de femme conductrices de gros camions. Combien êtes-vous dans ce métier en Côte d’Ivoire et combien de membre compte votre association ?

Pour ce que je connais, il y a 2 en plus de moi. Ce qui donne 3 femmes que je connais, à mon niveau. Je ne sais pas s’il y en a d’autres ailleurs.

Pouvez-vous nous parler de votre association ?

Nous formons un groupe. L'association a été créée pour sensibiliser les jeunes filles et les braves femmes qui aiment les métiers d'hommes à s’engager sans complexe. Elle se nomme ‘’Les braves femmes dynamiques’’, mais je ne suis pas la présidente. Moi j’ai plutôt créé un groupe sur Facebook que j’ai appelé ‘’Les femmes routières et fières’’ dont je suis la coordonnatrice.

Pour vous qui êtes déjà dans ce milieu, quelles solutions proposez-vous aux gouvernements et aux entreprises pour rendre votre domaine beaucoup plus accessible à la gent féminine ?

Je pense qu’on pourrait organiser des campagnes de sensibilisation pour mettre en avant les métiers qui pourraient être féminisés. Aussi, on pourrait promouvoir des femmes qui ont réussi dans ces métiers et illustrer par des interviews ou des témoignages d’elles, afin d’encourager les autres femmes qui en ont l’envie. Je les encourage à aimer ce métier très passionnant. Il ne faudrait pas qu’elles aient peur.

Quelles solutions proposez-vous face aux difficultés que vous avez énumérées pour rendre votre activité moins pénible ?

Je dirai qu’on peut organiser des formations mécaniques et techniques. On peut aussi nous fournir de bons camions pour nous faciliter la tâche.

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise, de votre domaine d’activité et de ce que vous transportez ? 

Il faut dire que j’ai commencé ma carrière à ICM au PAA. Là-bas, je transportais du matériel pétrolier et des conteneurs. Maintenant je suis à la SCB, une société de banane. Ici je conduis tout type de véhicule.

Quel est votre message à l’endroit de vos sœurs et jeunes sœurs qui hésitent à prendre leur destin en main, face à certains métiers vus comme des métiers d’hommes de façon générale ? 

Déjà, je les encourage à aimer mon métier qui est très passionnant. Il ne faudrait pas qu’elles aient peur de s’engager. Je leur demande aussi d'aimer et de ne pas avoir peur de faire les métiers ‘’réservés’’ aux hommes. Il leur faut juste avoir le courage et surtout qu’elles se respectent et aient confiance en elles dans ce domaine ou dans celui qu’elles choisiront. Rien n’est impossible, si on a la volonté. Je voudrais dire grand merci à Infos d’Ivoire qui a décidé de nous offrir cette lucarne pour nous mettre en lumière. Mes sœurs, levez-vous et venez nous rejoindre, car nous avons notre tête, nos bras et nos pieds pour faire tout ce que les hommes font.

Réalisé par Raphael Okaingni

3168
A lire aussi